Il reste encore au moins trois pieds de neige dans l'arrière-cour de la maison et qu'est-ce qu'on voit apparaître dans un petit coin de plate bande chauffé par le soleil ? Des pointes d'iris, déjà vertes, qui allongent leur cou, pour se gaver goulûment de soleil.
Les corneilles, au vol habituellement rectiligne, batifolent et s'amusent, avec leur costume de croque-mort : ont-elles quelques œufs dans leur nid?
Bizarre, aujourd'hui, j'ai observé ma première mouche du printemps; elle m'a presque fait le même effet que l’apparition des premières outardes. Excité, je la montre du doigt.
J'aime ce pays. Il n'est pas rectiligne. Il me sensibilise à chacune des démonstrations saisonnières de Dame Nature.
Bientôt, les outardes commenceront leur mission printanière: voler en «V» au dessus de la ville, en poussant leurs cris rassembleurs. Je m'arrêterai pour les admirer en chantonnant ces mots de Félix, que je murmure à la même période depuis tant d’années :
Passage de l'outarde en mai
qui file vers le nord,
plus qu'une main de femme
fait frissonner mon corps,
Mes ailes fatiguées
ne peuvent pas la suivre
sans îles dans l'azur
plus de raison de vivre.
Lo x
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