11 janvier 2005

L'odyssée d'un survivant du tsunami...

KUALA LUMPUR (AFP) - Un Indonésien entrainé au large par le tsunami a raconté son extraordinaire odyssée de deux semaines, Robinson des mers dans une sorte de cabane flottant sur l'Océan indien.
Quand son cargo a repéré l'étrange construction montée sur un radeau de bambous lundi à 200 mille nautiques de l'île de Sumatra, le commandant John Kennedy, un Néo-Zélandais, a ordonné que l'on actionne la sirène, à tout hasard. "J'ai pensé qu'il y avait très peu de chance de retrouver quelqu'un de vivant deux semaines après. A notre surprise, un homme à l'allure frêle s'est montré", a-t-il dit lundi soir à son arrivée dans le port malaisien de Port Klang.
Le héros de l'histoire, Ari Afrizal, 22 ans, originaire de Desa Kabong dans la province d'Aceh, a raconté qu'il travaillait à la construction d'une maison à Kota Aceh Jaya, près de la capitale régionale de Banda Aceh, au moment où le tsunami a frappé la cote le 26 décembre. "J'ai tout laché et j'ai commencé à courir vers une colline. Je me suis retourné. Je n'en croyais pas mes yeux. La vague avalait tout sur son passage, en quelques secondes elle m'a rattrappé", a-t-il dit à la presse.
Il n'a eu que le temps de saisir une planche avant d'être entrainé en mer, au milieu de ceux qui étaient déjà morts, et de voir quatre de ses amis disparaitre à leur tour bien qu'ils aient réussi eux aussi à attrapper des morceaux de bois. Le deuxième jour, en mer, il a repéré un petit sampan qui avait chaviré. Il l'a retourné et, malgré des blessures aux jambes, a réussi à se hisser à bord. Le même jour il a croisé un homme qui faisait des signes mais il a été incapable de lui porter secours.
"Je n'avais pas de rames et je ne pouvais pas nager aussi loin. Je ne l'ai pas revu le troisième jour", a-t-il dit. Avec tout juste de l'eau de pluie, il est resté sur son sampan jusqu'au matin du cinquième jour, où il a repéré un radeau de pêche d'une dizaine de mètres de long, équipé d'une cabane. "J'ai pensé que j'allais être sauvé. J'ai nagé jusqu'au radeau et suis monté à bord. C'est là que je me suis aperçu qu'il était vide".
Mais sur l'embarcation, il y avait trois litres d'eau dans un petit réservoir, une vingtaine de litres de kérosène, des lampes tempête et quelques vêtements. Il s'est installé tant bien que mal, se nourrissant de noix de coco qui flottaient sur la mer. "J'ai vu beaucoup de bateaux passer. J'ai crié: 'tolong, tolong' (au secours) et j'ai agité les mains comme un fou. Peut-être qu'ils ne m'ont pas vu parce que personne n'a répondu". Il a alors commencé à avoir des hallucinations et à se sentir déprimé. "J'avais perdu l'espoir de vivre", a dit le jeune homme.
Mais au quinzième jour de mer, le MV Al Yamamah, le cargo sous pavillon libérien du commandnt Kennedy, parti de Port Muscat à Oman, a croisé sa route et s'est donné la peine d'actionner sa sirène. Remis de sa surprise, l'équipage du bateau s'est détourné et a repêché le naufragé. Le commandnat Kennedy, 62 ans, a dit qu'Ari paraissait en bonne santé, en dehors de lèvres gercées et a même réussi à monter à bord tout seul.
Après s'être régalé de soupes avec les marins, le jeune Indonésien a été débarqué vers minuit à Port Klang. "Le commandant est comme un père et le reste de l'équipage sont des frères. Je prie pour que ma famille à Aceh ait eu autant de chance que moi et survécu à la catastrophe", a-t-il dit.
Ari Afrizal est le troisième Indonésien recueilli par des bateaux et ramené en Malaisie depuis la catastrophe du 26 décembre. Les deux autres, -- Rizal Shahputra, 20 ans, et une femme enceinte, Malawati Daud, 23 ans -- avaient survécu grâce à des troncs d'arbres flottants. Shahputra avait passé huit jours en mer et Malawati cinq jours.

P.-S. Chance + Volonté de vivre = Histoire extraordinaire...

Lo x

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