Commission d'étude présidée par Guy Coulombe
Presse Canadienne
Québec
La forêt québécoise est surexploitée. Chaque année, elle donne à l'industrie beaucoup plus d'arbres qu'elle peut en produire pour assurer son renouvellement. Par conséquent, si un virage décisif n'est pas effectué dès maintenant, la situation deviendra dramatique.
Tel est le constat, implacable, fait par la Commission Coulombe sur la gestion de la forêt, dans son rapport rendu public mardi.
«C'est évident qu'on ne peut pas continuer à faire ce qui se faisait avant. On n'est pas sur le bord d'un gouffre. Par contre, si on continue de même, on va l'atteindre le gouffre», a dit le président de la commission, Guy Coulombe, lors d'une conférence de presse.
Dans ce document de 307 pages, la commission formule 81 recommandations visant toutes à proposer des modifications majeures au régime forestier actuel d'ici les trois prochaines années. Si elles étaient toutes mises en application, l'impact sur l'administration gouvernementale et les compagnies forestières serait loin d'être négligeable.
La question fondamentale à laquelle le groupe dirigé par Guy Coulombe devait répondre consistait à savoir si oui ou non le gouvernement autorisait l'industrie à couper trop d'arbres, menaçant ainsi l'avenir de la forêt boréale.
La réponse est venue sans équivoque, mardi. Le gouvernement surévalue de 20 pour cent la possibilité forestière des résineux, soit l'estimation du nombre total de matière ligneuse disponible.
«Si le virage se prend pas, on va continuer à aller vers le mur», a ajouté M. Coulombe, craignant les conséquences d'une détérioration continue des massifs forestiers.
Forte des résultats de trois études menées à sa demande, la commission recommande donc de se donner une nouvelle méthode de calcul, beaucoup plus précise, de revoir à la baisse le calcul de la possibilité forestière et de réduire d'au moins 15 pour cent la matière ligneuse garantie aux compagnies forestières.
Pour ces dernières, le changement se traduirait par une réduction d'au moins 10 pour cent d'arbres récoltés, avec l'impact économique qu'on suppose. Aux yeux du Conseil de l'industrie forestière, au moins 10 000 emplois sont directement en jeu.
En clair, bon an mal an, cela pourrait vouloir dire une réduction de quelque 3 millions de mètres cubes de matière première assurée à cette industrie.
Globalement, la commission propose ce qui ressemble à une petite révolution, en adoptant une approche écologiste. Au lieu de voir dans nos forêts une matière ligneuse à fournir aux compagnies, il devrait plutôt voir des écosystèmes qui forment «un tout» et aménager la forêt en conséquence.
Contrairement à ce qui se passe présentement, tout doit être mis en oeuvre pour que le bois soit récolté «de la bonne façon, au bon endroit et au bon moment», disent les commissaires.
La commission ne semble pas faire tellement confiance au gouvernement pour mener à bien la réforme proposée, puisqu'elle suggère la nomination d'un «forestier en chef», qui serait responsable de l'aménagement forestier au sein du ministère des Ressources naturelles, de même que d'un vérificateur des forêts, qui relèverait du vérificateur général et devrait rendre compte des engagements pris.
Aussi, le bois ne devrait pas être alloué uniquement en fonction d'un volume à récolter, mais en tenant compte également de la qualité des tiges et de l'accessibilité des peuplements sur un territoire donné.
Autre virage important, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) serait mis à contribution pour évaluer la pertinence des projets d'aménagement forestier.
La mise en oeuvre des plans d'aménagement forestier, croit-on, devrait être reportée d'un an et s'appliquer en 2008, plutôt qu'en 2007.
Au total, la gestion forestière devrait être plus décentralisée, de manière à impliquer les populations en régions et les Conférences régionales des élus (CRE), selon la commission.
Depuis un an, les huit membres de la commission ont sillonné tout le Québec, reçu 303 mémoires et tenu 39 jours de consultations publiques.
P.-S. Attaboy mon Richard!
Lo x
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