2 novembre 2004

Histoires de chasse...

Quand mon fils Carlo avait 8 ou 9 ans, j’aimais bien lui faire manquer une journée d’école afin de lui faire vivre les plaisirs d’un coucher en forêt et un peu de petite chasse. Pourquoi me direz-vous lui faire rater une journée d’école ?
Parce que sur semaine il y a moins de chasseur dans le bois et aussi parce que Carlo jouait au hockey les week-ends. Je trouvais important que Carlo connaisse d’autres sports que les sports d’équipe. De plus c’était un jeune qui était très agréable de compagnie et très calme, donc un bon compagnon pour les aventures de toutes sortes.

À ce sujet j’ai deux histoires à vous raconter.

Voici la première…

J’avais promis à Carlo de lui montrer le maniement d’un fusil de chasse en toute prudence. À l’époque je ne chassais que les oiseaux migrateurs et la perdrix.

Cette journée là, je devais tenir une promesse faite; Carlo devait tuer sa première perdrix à condition que ce soit lui qui la découvre en premier. Je voulais l’habituer à être très attentif, avoir les sens aux aguets, comme un prédateur. Avec ses grands yeux bruns vifs, ce ne fut pas très long…

« Papa, je viens d’en voir une ! »
Je lui donne une cartouche et le surveille. Carlo est très nerveux; il casse le fusil avec ses petites mains potelées et tremblantes, y insère la cartouche. Il se dirige très lentement à l’endroit où il a vu la perdrix en gardant le fusil cassé. Il est nerveux mais je lui rappelle qu’un chasseur se doit de rester calme, surtout qu’il a une arme dans les mains.

Rendu un peu plus près, Carlo ferme le fusil et enlève le cran d’arrêt…

Il vise; je lui dis à voix basse de viser la tête pour ne pas abîmer l’oiseau…

Pafffff !!!! Le coup est parti…

Carlo se précipite afin d’aller vérifier s’il a réussi à tuer sa première perdrix.

Arrivés sur les lieux, nous ne voyons que quelques plumes, ici un bout de queue, là un morceau de tripes, du duvet un peu partout…

Je l’imagine encore me regarder avec ses beaux grands yeux bruns à longs cils en me disant :
« Est pu bonne en papa ? »

« Non mon homme est pu bonne ».

Il était au comble du bonheur et très fier de lui, comme moi d’ailleurs.

Le soir venu, nous avons dormi dans la « jeep », collé dans nos deux sleep zippés ensembles en se remémorant cette belle journée.


Voilà la deuxième…

Encore une fois, je suis à la chasse avec mon compagnon préféré, Carlo. Nous sommes sur le chemin de la Rexfor, en arrière du bassin de la rivière Outardes. Carlo commence à aimer la chasse et en plus il a les sens du chasseur : Il observe, écoute et enregistre.

Après une courte nuit, couché collé dans la « jeep », une matinée pleine d’exploration, nous nous sommes arrêtés pour dîner. Quoi de mieux qu’une soupe aux légumes bien chaude pour nous redonner de l’énergie.

Bien installés, les cuillères plantées dans notre soupe épaisse, voilà trois perdrix qui défilent sous nos yeux…ébahis !!!

Elles sont dodues, fières, pour ne pas dire snob et hautaines…

La mère et ses deux fils dandines, provocateurs et fendants…

Moi toujours prévenant et surtout chasseur aguerri, j’ai laissé son fusil dans son étui et les cartouches dans leur boîte.
Je feins le caméléon, Carlo feint l’épinette !!!
Comme un paresseux de la Nouvelle-Zélande, je me dirige par à coup, en essayant de ma fondre dans le décor… Avec un chapeau rouge et une veste fluo, c’est loin d’être évident…

Finalement, je réussi à sortir le fusil de son étui, j’introduis une cartouche dans le chargeur et tel Daniel Babounne et Davy McCroquette, nous partons Carlo et moi à la recherche de maman perdrix et ses rejetons…

Après un certain temps, de la sueur sur nos fronts, de l’excitation, pafffff, maman est tombée, paffff et repaffff, ses deux fistons aussi.

Nous nous sommes éloignés de la jeep et j’essaie de retrouver le sentier du retour. Je suis un peu excité et dans ma quête prédatrice je n’ai pas pris le temps d’observer ma direction. Je me rends compte que je suis perdu et je dois démontrer à mon fils que je suis en contrôle, donc décider de la direction à prendre.

Je lorgne un sentier que je crois avoir pris; nous l’empruntons tous les deux. Je ne veux surtout pas que Carlo se rende compte de mon désarroi. Je suis en panique, mais j’essaie de lui transmettre que je suis en contrôle de la situation, que nous ne sommes pas perdu. Nous marchons tous les deux à grande vitesse. Vlan dans les branches, bang dans les souches et fritttchchchhhh dans la « swompe ».

Toujours en panique et en essayant de cacher mon jeu, je demande à fiston :
« J’aimerais vérifier si tu as un bon sens de l’orientation, d’après toi où es la jeep ??? »
Avec ses grands yeux bruns à longs cils il me répond :
« Tu vois la montagne là-bas papa, la jeep est juste dans le bas… »

Il avait raison et je lui ai avoué le printemps dernier que j’étais perdu et qu’il m’avait réorienté.

Le pire de cette histoire, c’est que Carlo ne s’est aperçu de rien…

Bye !

Lo x





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